La Commission européenne a publié aujourd'hui ses spécifications préliminaires sous le Digital Markets Act disant à Google ce qu'il doit faire pour donner aux assistants IA rivaux les mêmes privilèges Android que Gemini a actuellement. L'asymétrie technique est le cœur du dossier : Gemini est invoqué en tenant le bouton d'alimentation ou en disant « Hey Google », peut lire le contenu à l'écran, interagir avec d'autres applis, et accéder aux fonctions au niveau système; un utilisateur qui installe ChatGPT ou Claude sur le même appareil obtient une appli qui n'a aucun de ces accroches. La vue préliminaire de la Commission est que sous les obligations d'interopérabilité et de non-discrimination du DMA, Google doit permettre aux tiers de s'enregistrer comme assistant par défaut du système, partager les capacités d'activation vocale et d'écoute toujours active, et exposer les mêmes surfaces d'intégration vers Gmail, Calendar et autres applis Google que Gemini utilise nativement. Les tiers ont jusqu'au 13 mai pour déposer leur rétroaction sur le document de spécification de 29 pages, avec la détermination finale de la Commission attendue d'ici la fin juillet. Les amendes pour non-conformité sous le DMA peuvent atteindre 10 % des ventes globales annuelles, ce qui pour Alphabet est de l'ordre de 30 G$ aux niveaux de revenus récents.

La réalité technique de ce que la conformité exigerait est plus intéressante que le cadrage le suggère, parce que les choses que Gemini fait sur Android ne sont pas toutes des surfaces d'API uniques. Le routage d'assistant par défaut existe déjà dans Android et exigerait surtout que Google honore la sélection de l'utilisateur sans re-sollicitations cachées; c'est exécutable par le cahier des charges. L'écoute toujours active sur une phrase de réveil, par contre, nécessite l'accès à un pipeline audio bas-niveau qui a historiquement été contrôlé par Google à cause des implications batterie et vie privée, et l'exposer de façon équivalente aux tiers signifie définir un palier de permission équivalent-Google que Google lui-même n'a pas formellement déclaré comme API séparée. Les surfaces d'intégration Gmail et Calendar sont les plus difficiles : aujourd'hui Gemini lit des données utilisateur structurées à travers des API Google Workspace internes qui ne font pas partie d'une surface publique documentée, donc l'accès tiers équivalent exigerait que Google publie (et maintienne) une API d'intégration IA-concurrente. La réponse de Google qualifiant ça d'« intervention injustifiée » est en partie exacte sur l'effort d'ingénierie requis et en partie le positionnement pré-litige standard. Le levier de la Commission est l'échéancier : une fenêtre de 10 semaines de la publication à la décision finale est assez courte pour que Google doive s'engager sur le cahier des charges plutôt que litiger avant la date butoir.

L'implication plus large est que le DMA est utilisé comme le levier réglementaire principal pour attaquer l'écart de capacités OS-vs-appli qui a émergé avec les assistants IA intégrés, et le précédent compte au-delà de Google. Apple Intelligence sur iOS fait face à une question structurellement identique : Siri est invoqué par le même mécanisme au niveau OS, et l'intégration de ChatGPT est verrouillée à travers les choix contractuels et architecturaux d'Apple plutôt qu'un terrain égal pour Anthropic, Mistral ou n'importe quel autre rival. Si la Commission force l'ouverture d'Android sous DMA, la conclusion équivalente contre Apple est le prochain dossier. La même chose s'applique à l'intégration Copilot de Microsoft dans Windows, bien que l'UE se soit jusqu'à présent plus concentrée sur Android à cause de la part de marché mobile. Le précédent plus profond est que « l'accès assistant IA » est ajouté à la catégorie réglementaire précédemment occupée par les batailles navigateur-par-défaut et recherche-par-défaut, avec la même architecture d'application DMA appliquée. Le gain pour Anthropic et OpenAI est réel mais conditionnel à ce que Google se conforme réellement plutôt que litiger pour retarder, ce que le plafond d'amende de 10 % du DMA est conçu pour décourager.

Pour les bâtisseurs, trois choses concrètes changent à court terme. Premièrement, si tu bâtis un produit voix ou assistant ciblant Android en Europe, le seuil pour traiter l'intégration ChatGPT ou Claude comme un vrai canal de distribution vient juste de baisser; la question n'est plus « Google va-t-il un jour ouvrir ça » mais « l'échéancier de l'application UE va-t-il correspondre à ma fenêtre de lancement produit ». Planifie pour un horizon 12-18 mois plutôt qu'indéfini. Deuxièmement, le travail d'ingénierie pour intégrer avec la surface d'assistant par défaut Android est non-trivial et est largement non-documenté aujourd'hui; si le DMA force Google à publier une vraie API plutôt qu'une implémentation partielle marketing-friendly, les premiers à bouger qui bâtissent contre ça auront un avantage de profondeur d'intégration significatif sur les entrants plus tardifs. Troisièmement, la coupure juridictionnelle UE compte; ce que Google livre pour l'Europe sous pression DMA ne sera pas nécessairement livré aux États-Unis ou en APAC à moins que les régulateurs locaux ne forcent le même résultat, ce qui veut dire que les produits multi-régions devront gérer l'intégration comme une fonction régionale plutôt que globale. Le cadrage bâtisseur honnête est que ce n'est pas une histoire de produit 2026 mais une histoire d'architecture de distribution 2027-2028, et la fenêtre du 13 mai à fin juillet est le point d'inflexion qui détermine si l'IA au niveau OS sur mobile devient un marché réglementé ou reste une plateforme contrôlée par Google avec des applis tierces minces.