Les ministres du numérique et de l'IA des 21 économies de l'APEC se sont réunis à Chengdu le 23 juillet et ont publié une déclaration commune en faveur de l'IA open source, les États-Unis comme la Chine y apposant leur signature. La réunion était présidée par Li Lecheng, ministre chinois de l'Industrie et des Technologies de l'information, qui l'a décrite comme la première déclaration de l'APEC à établir une coopération sur l'open source au niveau ministériel.

Le libellé est prudent. La déclaration de Chengdu appelle à soutenir le développement de modèles et de projets open source tout en encourageant des systèmes dotés d'une forte assurance de sécurité pendant le développement et le déploiement, avec le respect de la sécurité, de la protection des données et des droits de propriété intellectuelle. L'open source figure dans l'un des cinq axes de consensus, celui qui couvre l'investissement et les écosystèmes ouverts pour la croissance numérique. Les ministres ont aussi encouragé le dialogue entre gouvernements, industrie et monde académique sur la cybersécurité, la résilience des chaînes d'approvisionnement et les arnaques en ligne.

Ce qui mérite lecture, c'est la forme de l'argument plus que les engagements. Depuis le début de l'année, le débat se joue comme un arbitrage frontal, l'ouverture d'un côté et la sécurité de l'autre, chaque gouvernement choisissant son camp. Le texte de Chengdu refuse ce cadrage et affirme au contraire que les modèles ouverts méritent d'être soutenus et doivent être construits selon un standard de sécurité. C'est une troisième position, et c'est celle que la communauté technique défend pendant que la conversation politique partait dans l'autre sens.

C'est le calendrier qui lui donne du poids. Washington a passé le mois à envisager des restrictions sur les modèles ouverts chinois, Pékin a discuté de limites à l'accès étranger aux siens, et une lettre industrielle signée par NVIDIA, Meta, Microsoft, Dell, IBM et Palantir a demandé aux législateurs américains de ne pas restreindre les poids ouverts du tout. Sur ce fond, une phrase que Washington et Pékin ont tous deux accepté de signer constitue un rare point de contact, quoi que les deux gouvernements se fassent par ailleurs sur les puces.

La prudence s'impose. Un texte de consensus est écrit pour être signable, ce qui veut généralement dire qu'il est écrit de façon lâche, et la forte assurance de sécurité n'est définie nulle part. Ce que cela achète, c'est un plancher de négociation plutôt qu'une règle. Vu la direction du dernier mois, un plancher, c'est déjà plus que ce dont disposait le débat sur les poids ouverts la semaine dernière.