Groq, la jeune pousse de puces d'inference pour l'IA, a confirme lundi avoir leve 650 millions de dollars, dans une ronde visant a elargir sa capacite de centres de donnees et a transformer l'entreprise en fournisseur de calcul pour l'IA. Cette levee survient environ six mois apres un accord avec Nvidia qui a remodele Groq de l'interieur.

Cet accord de decembre est la toile de fond de tout le reste. Nvidia a signe une entente d'environ 20 milliards de dollars pour conceder sous licence la technologie materielle de Groq sur une base non exclusive, et a dans le meme temps debauche le fondateur et directeur general de Groq Jonathan Ross, son president Sunny Madra, ainsi que d'autres employes de haut niveau. L'operation a ete largement decrite comme un not-acqui-hire, une fausse acquisition par embauche, car Nvidia a obtenu les talents et la technologie sans acheter l'entreprise purement et simplement, et donc sans declencher l'examen antitrust qu'une acquisition de 20 milliards de dollars susciterait. Les investisseurs de Groq s'en seraient bien sortis.

La ronde de 650 millions de dollars, menee par les bailleurs de fonds existants Disruptive et Infinitum, finance ce second souffle. Plutot que de se positionner uniquement comme concepteur de puces d'inference, le role qui a fait son nom avec son materiel LPU, Groq pivote pour exploiter des centres de donnees et vendre l'inference comme un service, ce que l'industrie appelle desormais un neocloud. L'entreprise recrute aussi de nouveau, reconstituant les rangs que Nvidia avait degarnis.

La structure merite qu'on s'y attarde, car le not-acqui-hire devient un mouvement signature de l'ere de l'IA. Une entreprise plus grande concede sous licence la technologie centrale d'une jeune pousse et embauche ses gens cles, absorbant l'essentiel de la valeur tout en laissant la coquille de l'entreprise debout. Cela contourne l'examen des fusions qui s'est resserre autour des accords d'IA, cela permet aux investisseurs de la jeune pousse d'encaisser, et cela laisse l'entreprise restante se reinventer avec ce qui demeure. Des variantes de ce schema se sont jouees a travers le secteur au cours de la derniere annee.

L'analyse honnete est que 650 millions de dollars representent de l'argent reel et qu'un neocloud d'inference est une direction plausible, puisque la demande d'inference grimpe et que Groq dispose encore d'une technologie et d'une marque reconnaissable. Mais se reconstruire apres avoir perdu son fondateur, son president et une grande partie de son equipe centrale est difficile, et Groq doit desormais se battre pour les charges d'inference contre le Nvidia meme auquel il a concede sa technologie, aux cotes des hyperscalers et des nouveaux venus qui louent leurs propres centres de donnees. La levee achete un second souffle credible. Reste la question ouverte de savoir si l'entreprise videe de sa substance saura mieux executer que les geants qu'elle s'etait jadis donnee pour mission de defier.